Un vrai bonheur ce départ aux îles.
On se désépidaure tranquillou, en s'escalant sur le chemin un truc parfaitement improbable, que j'avais repéré à l'aller, genre tu quittes côté mer la route principale qui tricote les hauts de la montagne, tu serpentes dix bornes, c'est très long, entre ciel et criques en contrebas vertigineux, sur un raidillon bitumé nickel pognon européen, ça finit par débouler dans un univers à part, une Atlantide aussi soigneusement planquée qu'incertaine, magnifique baie fermée à vocation maritime pro, chantier naval, pêche, plaisance sérieuse et aquaculture de haute mer, tu t'installes terrasse de resto floc floc les pieds dans l'eau, exclusivement grec, avec comme souvent le week-end une grande tablée d'au moins quinze couverts où viendra s'installer piano piano, les uns après les autres, sans se presser, une famille complète, quatre générations, de la mamy total black sapée aux nourrissons braillards, tu jouis du paysage et te gaves de poulpes en buvant du vin blanc, pas trop, tu conduis, et tu finis par quitter tout ça, les dix bornes sauvages dans l'autre sens, comme on s'extrait d'un rêve.
Route, autoroute, le golfe Saronique sur la droite, majesté grandiose du lieu, de l'espace maritime, raffineries et navires de commerce en attente, la complexité courbée de l'île de Salamine, Athènes, le périph nord, aéroport, le loueur de bagnoles, ben oui on l'avait prise pour trois jours, on l'a gardée huit, ainsi va la vie, et la putain de joie jouissante, play it again Sam, alors qu'on pourrait s'en aller, s'en retourner à Paris, de justement repartir, je le conseille à tout le monde, ça, le trajet en huit, avec ce point de re-passage, qui est arrivée et re-départ, mon Dieu que c'est bon, de se coller dans le 96, ce bon vieux 96, destination Pirée, trois euros dix, c'est pas cher, on commence à bien le connaître, c'est long comme tout et on adore ça, les banlieues pourries, le front de mer inconsistant, retapé pour cause de Jeux Olympiques mais inconsistant, Athènes est fermée à sa façade de mer, un bordel d'embouteillage invraisemblable aux environs du nouveau stade, y a match de foot ce soir, l'événement de l'année, entre les deux plus grandes équipes grecques, un Marseille PSG de chez eux quoi, et les mecs pas trop gênés, zyva qu'ils sont garés en vrac sur les bretelles d'autoroute, pas sur un côté, non, les deux, avec un filet de passage riquiqui au milieu alors évidemment ça coince, le Pirée enfin, la nuit, la pluie, la foule, deux plombes à attendre, on va se requinquer la fourchette dans une gargotte, je me déniche un délicieux pinard rouge dont Flore m'empêche d'abuser, elle a raison, notre beau navire accoste, sous des trombes d'eau, c'est la panique totale, les arrivants sitôt débarqués cherchent un improbable refuge, les partants à l'abri précaire de haltes conçues pour se protèger du soleil, la lumière et la flotte c'est pas tout à fait pareil, hésitent à franchir le mur de la pluie d'orage, fonce Alphonse, on a tôt fait de se retrouver dans le calme de notre cabine, je l'adore trop celle-ci, son gentil confort, les lueurs jaunes, les digues de l'entrée du port par le large sabord, on est bien fatigués mine de rien, le ferry s'arrache du quai, douce berceuse des machines, légers mouvements roulés, bonsoir Flore, bonne nuit, qu'il est douillet ce lit, on s'endort.