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[17 juin 2005] Michel Graillier (1946 - 2003)

Ce beau visage triste, c'est celui du pianiste Michel Graillier, musicien de jazz français (il récusait, hors des US, l'utilisation du terme jazzman).

Je le découvre.
Je le connaissais de nom mais, ces jours ci, c'est en écoutant très en détail un disque de Barney Wilen ("French Ballads", enregistré à Paris en juin 1987) que je l'ai vraiment percuté. Notamment par le morceau curieusement intitulé "Once Upon A Time" (il s'agit en fait de "Once Upon A Summertime", titre anglais de la "Valse des Lilas" de Michel Legrand, chanson a priori niaise, dont la richesse harmonique est sidérante).
Graillier, c'est un parcours de vie et de musique étonnant.
Né dans le Nord, près des mines, formation de piano classique, études d'ingénieur, batteur yéyé, boeuffeur de jazz, tournée mondiale avec le Magma de Christian Vander, puis dix années d'étroit compagnonnage avec un Chet Baker tournoyant au dessus du néant, le tout émaillé de collaborations avec les plus grands, les plus doués, dont Barney.
Mort à 57 ans (Barney à 59, comme Chet).

On trouve des interviews de lui sur le Net.
Il dit des choses comme ça: "
Le Riverbop, c’était le cœur de Paris. C’était non-stop toute la nuit, on jouait jusqu’à midi… Il y a même des nuits où j’y ai dormi pour reprendre le soir".
Ou encore: "
J'ai beaucoup de souvenirs de Chet, c'est comme une vie complète que j’ai passée à ses côtés".
Et aussi: "
Je crois que la belle musique crée le silence.[...] Un bon musicien de jazz crée plus de silence qu’il doit créer de notes".

Ca m'émeut profondément.
Ca me colle un blues abyssal.